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Promener un ours en laisse – Inti Wara Yassi – Bolivie

Si voyager en Bolivie est économique, ce n’est pas toujours de tout repos, les routes, le trafic et le climat rendent parfois les trajets périlleux.

38 Route de la mort  Bolivie
Fameuse route de la mort en Bolivie

Pour me rendre dans le fameux refuge dans lequel j’aimerais prêter main-forte, je dois faire une escale à Cochabamba, grande ville bolivienne sans réel intérêt si on parle d’un point de vue touristique, puis trouver un bus local qui me déposera à Villa Tunari près du parc.

L’arrivée à Cochabamba se fait de nuit, je somnole quelques heures dans la gare routière en attendant les premiers rayons solaires. Je m’envoie un gros petit déjeuner et c’est reparti pour un tour, je demande, on me fait comprendre que je dois prendre un taxi, puis un bus, puis un âne, puis je me dis que je dois encore travailler mon espagnol.

Taxi, sans trop d’encombres, bus moins facile à dire. Les paysages sur la route sont à couper le souffle, un saut dans le temps, les fermiers travaillent sans machines, les femmes proposent leurs produits aux fenêtres pendant que les cochons courent au milieu de la voie. En quelques heures seulement, nous passons des plateaux agricoles à la forêt dense et humide, il tombe maintenant une pluie torrentielle. La route est en travaux, le bitume a disparu et ma confiance un peu candide aussi, je ne suis pas vraiment serin, mais je me détends, grâce en partie à l’attraction locale, un vendeur de produit anti-cancéreux miracle au discours théâtral qui déambule dans le bus pendant des heures. Nous arrivons enfin à Villa Tunari, je serre la main à quelques passagers qui furent amusés de ma présence, et quitte le navire avec encore de belles histoires à raconter.

Il fait mauvais, la ville est moche, traversée par plusieurs centaines de camions par jour, étant sur un axe commercial des plus important entre la Bolivie et le Brésil, cela doit être d’ailleurs un des principaux revenus avec le minerai. Mais ne jamais se fier aux apparences, son charme apparaitra peut-être sous un autre angle.

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Villa Tunari, au pied des montagnes, aux portes de la jungle.

Je finis rapidement par trouver le parc, pas vraiment comme je l’avais imaginé, mais je me rappelle alors que nous sommes en Bolivie. Des bâtiments et installations fatigués, mais l’accueil quant à lui est grandiose, les bénévoles me mettent vite à l’aise, me font visiter le parc et m’installe dans ce qui sera mon « cocon » pendant un mois, pas vraiment du 4 étoiles, mais je prends vite mes marques.

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Locaux de l’association, pas vraiment un décor de film.

 

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Douche à l’italienne

Nous sommes une trentaine de bénévoles, tous voyageurs de passage, seul quelques salariés Boliviens et une Allemande vivent ici. Le parc est un refuge pour plusieurs centaines d’animaux, singes en majeure partie, oiseaux, félins, petits mammifères et un ours. L’activité de chacun dépend grandement du temps qu’il souhaite rester, petits singes, oiseaux pour ceux qui restent quinze jours, félins, singes-araignées et ours pour les autres. Je décide donc de rester un mois, et malgré des premiers temps difficiles, ce sera une bonne décision. Un petit briefing de bienvenue, et l’on m’annonce rapidement que mon activité durant ces trente prochains jours sera la promenade quotidienne d’un ours de 130 kg.

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Gato, un puma à la retraite
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Singe araignée

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Ara ararauna
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Et Balù, le fameux

Les bénévolats resteront parmi mes plus belles expériences humaines de ce voyage, et le séjour passé dans le parc ne fera pas exception.

Les premiers jours pourraient décourageaient les plus téméraires d’entre nous, avec une humidité frôlant parfois les quatre-vingt-dix-neuf pour cent, une température quant à elle ne descendant pas en dessous des vingt cinq degrés, mais il faut tenir bon et alors la rudesse du climat laisse place à des sentiments authentiques. Chaque journée réserve un lot immense de découvertes dans cette forêt débordante de vie, je me rapproche des animaux, et suis plus à l’aise avec Balu, le fameux ours de 130 kg. Car il est vrai que si je peux en parler aujourd’hui avec un grand sourire, les premiers jours de promenade n’étaient pas sous le signe de la jovialité, je me souviens plutôt d’une résonnance qui disait « Qu’est ce que je fous là bordel ? ».

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J’ai mis du temps à réciter ce passage de mon périple, car dix pages ne suffiraient pas, alors j’ai décidé de seulement introduire puis imager, car je sais que les images si elles n’attisent pas l’imagination parlent parfois mieux que les mots.

Voici donc un petit montage résumant mon séjour en cinq minutes :

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