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Premiers pas en mer, non sans peine !

L’arrivée  le Samedi du paquet Argos lance notre départ de Hendaye en début d’après-midi.

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 » Fleur de Lotus », notre superbe embarcation

Sur les flots depuis à peine quelques minutes, le pilote automatique baptisé Benoit (hommage au saint), Benoït (plus drôle à prononcer), suite à une mésaventure de je ne sais plus quelle nature ou il sauva notre Capitaine, nous abandonne.

Nous poursuivons néanmoins notre voie en mer et prévoyons un arrêt à Santander pour y réparer le pilote.

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Encore de la bricole.

Très vite, ces soucis avec Ben s’effacent, la magie de la voile opère, le moteur s’arrête laissant place au bruit de l’eau. La mer est belle, sereine, bientôt, un cortège de dauphins se joint à notre glisse, à l’avant du bateau Tib et moi sommes fascinés, subjugués par la beauté de la scène.

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Les dauphins seront nos plus fidèles compagnons

Partagé entre le bonheur de l’instant et l’inquiétude liée aux incertitudes d’un environnement auquel je ne connais rien, je me laisse toutefois emporter par l’immense quiétude du large.

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Les soucis se font alors oublier

Notre première nuit à bord de Fleur de Lotus est agréable, j’appelle Arnaud pendant mon quart pour qu’il m’aide à sortir les voiles. Au moteur depuis 20 minutes, un vent sud-ouest se met à souffler et nous permet de nous élancer au près (Allure adoptée par un engin à voile lorsqu’il se retrouve face au vent entraînant son déplacement grâce à la mécanique des fluides).

Au-dessus de nous, dans le reflet de l’océan,  baignent des milliers d’étoiles auxquelles la lune se mêlera tantôt.

Le lendemain Tib et Arnaud sont victimes du mal de mer, par chance j’en suis épargné et en profite pour me familiariser avec le maniement de la barre.

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Une discussion entre Tib et Marc au sujet de la météo vient attirer mon attention, il semble que dans la nuit, des vents forts viendront agiter la mer calme dont nous jouissons depuis notre départ. Marc demande alors l’avis de chacun, une décision est prise, nous continuons.

La nuit venue, les quarts se succèdent sans heurts et le temps semble tenir bon, s’encanaille un peu vers 4 h, sans basculer dans le banditisme.

Au moment où je prends la barre, j’ai le sentiment que la mer se réveille, qu’elle rugit sous notre coque. Fleur de Lotus s’emballe, est secoué, Tib me rejoint sur le pont pour me demander de ralentir, de réduire notre prise au vent, je n’y parviens pas. Il appelle Marc qui nous rejoint à son tour, il récupère la barre et s’aperçoit que le bateau n’est plus manœuvrable dans cette disposition.

Nous devons enrouler le génois, j’essaye de border l’écoute correspondante, c’est impossible, Ti essaye à son tour, même chose. Sous la pression du vent une des écoutes du génois s’échappe, l’abandonnant à la tourmente, malmené, il s’agite de toute part, emporte l’autre écoute et commence à se déchirer.

Marc décide d’allumer le moteur dans l’espoir de retrouver le contrôle du navire, mais les écoutes libérées plonge sous la coque, s’enroulent autour de l’hélice, la bloque, le moteur cesse. Tib est envoyé à l’avant pour récupérer le génois, il est rejoint par Marc. Il est 6 h, nous sommes acculés par l’avarie et le mauvais temps. À la pointe de Fleur de Lotus, Ti et Marc sont secoués, trempés  par les vagues et la pluie, ils ne parviennent pas à faire tomber la toile.

À la barre, je suis anxieux, j’assiste impuissant à la scène qui se joue devant moi.

Arnaud est réveillé par Marc qui lui demande de rejoindre Ti à l’avant, tous deux se battent courageusement pour faire crouler la voile tandis que je suis terrifié à l’idée qu’une mauvaise manipulation de la barre puisse projeter mes compagnons hors du navire. Après d’interminables minutes de lutte, Tib et Arnaud réussissent à affaler le génois.

Notre coquille flotte désormais vers le vent, nous décidons rapidement de faire machine arrière dans le but de rejoindre le port le plus proche.

Tib feuillète à toute vitesse le bloc marine, Gijon semble être une bonne alternative. Malheureusement notre situation ne nous permet pas de l’envisager bien longtemps. Sans moteur ni génois, nous ne pouvons prendre ce cap.

En revanche le vent d’Ouest nous permet d’approcher Santander, à 60 miles de notre position. Marc nous présente cette idée et nous le suivons.

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Sur « Fleur de Lotus », rien ne va plus

Nous  avançons bien, la distance nous séparant du port se réduit, la mer, elle, demeure agitée. Je reprends la barre dans l’après-midi, la tension est forte, je ne suis pas à l’aise, j’empanne, la violence du mouvement vient briser le vit de mulet, la bôme se décroche et la situation qui me semblait déjà bien merdique s’enfonce un peu plus dans le purin.

Marc s’empresse de rejoindre l’avant du navire équipé d’un gilet et d’un bout (je ne comprends pas sur le coup), McGyMarc applique le gilet entre le mât et la bôme vacillante, les liens  à l’aide du bout et permet ainsi à notre embarcation de continuer à avancer.

En revanche, nous ne pouvons conserver notre cap vers Santander et sommes inexorablement entrainés vers la côte et ses falaises.

Nous ne tardons d’ailleurs pas à prévenir les secours de notre situation délicate. Nous frapperons la côte dans 20 minutes et le bateau de remorquage ne pourra être là que dans une heure.

À cet instant, Arnaud propose de tenter un virement de bord. La bôme désolidarisée  du mat, cette manœuvre semble extrêmement délicate. Il se charge d’assurer astucieusement la bôme pour nous permettre d’empanner sans risquer un nouveau détachement.

Son sang-froid et l’habileté de Tib à la barre nous permettent de sauver Fleur de Lotus et de gagner du temps.

L’avion de secours avec lequel je communique depuis maintenant une bonne demi-heure nous est d’un grand soutien. Il assure la communication entre nous et l’embarcation des secours.

En effet, l’équipage de la « Salvamente Maritimo » ne parle ni anglais ni français et aucun de nous ne maîtrise suffisamment l’Espagnol pour entretenir une conversation sérieuse.

On m’explique que leur intervention impliquera notre équipage, nous devrons réceptionner une corde scindée (à partir d’un certain niveau) en deux cordes qu’il faudra accrocher à 1 m de part et d’autre de la pointe du voilier.

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Merci aux valeureux secouristes

Malgré les conditions difficiles, l’équipe de sauvetage se place sans trop de peine devant nous et envoie  la fameuse corde.

À sa réception Marc et Arnaud, faute d’une mésentente entre eux et moi, pensent n’avoir reçu qu’une corde, perplexe, ils tentent vainement de comprendre les gestes plus ou moins explicites des secouristes.

Nos 2 bateaux sont maintenant si proches qu’une vague vient nous faire entrer en contact avec eux, notre avant percute relativement violemment leur arrière sécurisé par des renforts plastiques.

Je réexplique avec plus de clarté la marche à suivre à mes équipiers. Cette fois ça y’est, nous sommes attachés correctement à la « Salvamente ».

L’acheminement vers Santander commence et les 3 lumières placées au cul du remorqueur sont la promesse presque certaine d’un retour vers la terre, je les regarde attentivement disparaître puis réapparaître derrière le vague.

Une dernière manœuvre très technique de l’équipe de sauvetage  hisse notre bateau jusqu’au flanc d’un autre puis nous appuie contre.

Nous amarrons ainsi au beau milieu du port de commerce de Santander. L’intervention conjointe du bateau et de l’avion des « Salvamente Maritimo » ainsi que le courage de Marc, Ti et Arnaud nous sortirent d’affaire.

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