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Nos deuxièmes pas en mer

Avec le retour du vit de mulet et de l’enrouleur, l’équipage peut retourner faire trempette.

Les prévisions sont moyennes et Jean-Lou (le pote de Marc) nous déconseille de partir aujourd’hui. Le matin lorsque nous nous apprêtons à quitter le port, il tombe des cordes, un Espagnol voisin de ponton est surpris de nous voir quitter notre amarrage, il décide alors de nous mettre en garde, il vient de là où nous comptons nous rendre et trouve qu’il ne serait pas raisonnable d’y voguer aujourd’hui, que nous devrions attendre le lendemain.

Nous décidons d’attendre quelques heures que la pluie se calme, les prévisions annoncent des vents entre 20 et 25 nœuds et une houle de ¾ mètres bien espacée, rien de troublant pour un marin, au contraire, presque des conditions idéales, cependant nous ne sommes pas marins, nous décidons ainsi de réduire notre voilure, nous prenons 2 ris (portion de grand-voile) à la grand-voile est disposons la trinquette à poste.

Vers 15 heures nous quittons Santander, la mer est agitée, nous avons la houle et le vent dans la gueule, de forts courants contraires à notre avancée, rendent la glisse difficile, Tib et Arnaud vivent un calvaire, ils sont malades comme des chiens et gisent souffrants dans leurs cabines.

Pendant la nuit un nœud d’écoute du tourmentin lâche, nous décidons alors de l’affaler, quelques heures plus tard c’est l’écoute de grand-voile qui s’échappe, plus de peur que de mal nous parvenons rapidement à la rattraper. Le bateau gîte beaucoup et nous sommes malmenés toutes la nuit.

Quel retour !

La nuit passe, nous avons toujours le vent de face, avançons au près sur une mer semi-cabossé. En pleine journée Marc décide de tester son enrouleur : blocage, stupeur, air de déjà-vu. Le calme du vent et la platitude de la mer nous permet d’éviter une nouvelle casse.

Pétole, pétole, pétole, les dauphins reviennent ainsi que le calme et la paix.

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21h, nous avons terminé le repas, le vent ne s’est pas encore établi, nous démarrons un film et toutes les 10 minutes je monte sur le pont checker les conditions.

En l’espace de 20 minutes le vent passe de 3/5 nœuds à 20/25 nœuds avec des rafales à 30/35 nœuds.

A nouveau, l’enrouleur fait des siennes, il se bloque, le génois souffre mais l’intervention d’un équipier narcoleptique répondant au doux nom d’Arnaud rétablit la quiétude de notre embarcation et de sa toile d’avant.

Les quarts de nuit commencent et la bonne mer aussi. La nuit est éprouvante, nous dormons peu. Ti et Marc succèdent à Arnaud et moi toutes les 2 heures. Nous avalons les miles, 85 parcourus dans la nuit. 15h, nous passerons bientôt le Cap Finistère.

Le soir venu nous organisons des quarts tournants individuels de 1h30 à partir de 19h30 pour permettre à l’équipage de récupérer. Nous parcourons encore plus de 80 miles dans la nuit.

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Le bateau, c’ est pas de tout repos !

Le voilier avance bien, nous passons porto et avons pour objectif d’escale Lisbonne que nous devrions atteindre demain matin.

A bord l’ambiance est bonne, nous faisons la joyeuse vaisselle ce matin avec Tib pendant que le capitaine envoi ses lignes de traine et qu’Arnaud dort, encore.

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Je l’ai entendu s’émouvoir à l’aube, à la vue du spectacle composé par les premières lumières du jour et le bal des dauphins. L’eau scintille autant que nos yeux dans ces moments-là.

La journée se poursuit avec le soleil, le calme, la fraîcheur et le vent constant. C’est un plaisir de naviguer ainsi.

15h50, une accélération fulgurante du bateau éveille notre attention, nous grimpons en 4e vitesse sur le pont. Pirouette, cacahuète, nous réduisons le génois, perdons le cap, le reprenons. A ce moment-là je m’aperçois d’autant plus de la vigilance dont il faut faire preuve en mer. Cet environnement sublime est impitoyable, j’essaye de l’aborder avec mesure et humilité.

C’est vers 11h que nous arrivons à proximité de Lisbonne.

Ce matin là, la mer nous montre encore une fois son plus beau visage, elle est douce et le vent chaud souffle dans les voiles. La lumière de l’ aube se réfléchie sur l’ eau comme dans un miroir et éclaire les terres ocres de la côte. Les voitures vues d’ ici semblent être des jouets d’ enfant et les immeubles de simples maquettes.

Nous faisons escale à Cascaïs, il faut changer la batterie qui semble avoir grillée.

Sujet de discorde, Marc veut nous faire payer la batterie, au moins la moitié, difficile d’évaluer si oui ou non nous devons payer, je ne sais pas vraiment comment me positionner. L’achat d’une batterie n’est-il pas un investissement personnel de Marc pour son Bateau ? Sommes-nous responsables de la défaillance de la batterie comme semble l’insinuer Marc ? Conclusion, nous ne participerons pas à l’achat.

Le soir venu nous ne pouvons repartir étant donné que nous n’avons pas réglé les frais de port, que mon passeport demeure coincé dans une enveloppe à la capitainerie.

Arnaud a un peu les boules, nous partirons demain.

 

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