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Montagne qui fume et igglo à l’ anglaise – Chili

Quelques heures de route seulement me séparent de Pucon au Chili, pour s’y rendre il faut traverser la cordillère des Andes, fort heureusement la saison est propice, car en hiver c’est une tout autre histoire.

La route est magique, nous traversons les forêts de pins, les rivières (par les ponts bien sûr) et lorsque nous nous arrêtons à la frontière, je constate que nous sommes bien en altitude, car je me les pèle grave ! j’espère que plus bas il fera moins frais sinon va falloir investir dans de la laine.

La montagne qui fume :

Très vite à la lueur du lever de soleil, on peut apercevoir le fameux volcan qui domine la ville de Pucon, le volcan Villaricca. Un volcan peu banal, car il se trouve être un des plus actifs du Chili, on peu d’ailleurs observer son petit nuage de fumé constant.

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Kathy, une Chilienne qui devrait m’héberger quelques jours, m’attend dans une auberge de la ville, son lieu de travail. Je constate rapidement que l’on ne m’avait pas menti, ça transpire le tourisme ici. Des auberges, agences de tourisme et supermarchés par dizaines, pas vraiment ce que j’ai l’habitude de côtoyer comme endroit, mais on va quand même laisser sa chance à cette « petite » ville, qui a quand même derrière ces vitrines bien achalandées, un certain charme.

Pucon est une petite ville de montagne, elle se trouve aussi au bord d’un lac, le lac Villaricca cette fois. Mais ce qui donne à ce site un côté magique, c’est le volcan, majestueux, au pic blanchi par les dernières neiges, qui se dresse au-dessus de nous comme un prince dans son royaume. Cela provoque chez vous un sentiment de fascination et à la fois d’angoisse, on se sent petit, si petit qu’il pourrait nous balayer par sa colère.

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Heureusement lors de mon séjour, pas d’éruption et je me donnerai même la peine de faire l’ascension de la bête. Une expédition d’une journée en passant par une des nombreuses agences en ville, prix un peu élevé (env. 40 euros), mais cela en valait le coût. Quitter la planète Terre pendant quelques heures, c’est le sentiment ressenti, une terre désolée, aucune végétation, vie apparente, et le cratère fumant qui vous attend au sommet. Une aventure que l’on ne vit surement qu’une fois.

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Pendant quelques jours je découvre la ville, le beau et le mauvais. Kathy possède une grande maison un peu excentrée de la ville, elle accueille des voyageurs toute l’année. Avec ces trois enfants au milieu, je suis un peu étonné, mais ça n’a pas l’air de les déranger, bien au contraire. Quelques jours après mon arrivée, une Américaine Rachael se joint à nous, puis deux Suédois, et un Israelien, un vrai moulin cette maison.

Kathy me présente aussi son ami Marc, un Français venu au Chili il y a un mois pour retrouver sa copine qui finalement ne l’est déjà plus, une sale histoire. Il connait déjà bien Pucon pour y avoir faire un stage de fin d’études l’an passé, et je me rends vite compte que lui aussi, il a pas mal baladé sur le globe.

Le courant passe bien entre nous et très rapidement nous nous lions d’amitié. Nous passons tout notre temps ensemble et Rachael finira par se joindre à notre petit duo frenchy. Nous flânons en ville, visitons les environs, prenons des bains dans les sources chaudes, que bu bonheur, mais je n’ai pas oublié mon ambition première, trouver de quoi m’occuper pour m’installer là quelque temps.

Souvenez-vous du projet de cette famille britannique cité dans le dernier article « En route vers les Andes ». Ils ont depuis répondu à mon mail et souhaitent me rencontrer et m’accueillir sur le chantier, quelle bonne nouvelle !! Marc aussi a entendu parler de ce projet via ces contacts, et finalement c’est moi, Marc et Rachael (étant folle de nous) qui allons venir en aide à cette petite « British family ».

Igglo à l’anglaise:

C’est donc Lucy et Iago qui se donnent la peine de venir nous chercher en ville, car le chantier se trouve à 20 minutes perchées sur la montagne. Rapide présentation du projet, du déroulement des journées, des conditions… et c’est parti pour deux semaines à monter une maison en gros boudins.

Étonnant je sais, mais c’est on ne plus vrai. Le projet est en fait de construire la maison de cette famille qui a tout quitté pour s’installer ici au Chili après un long voyage en Amérique latine. Mais cette maison n’est pas vraiment comme les autres, voyez plutôt à quoi cela devrait ressembler :

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Conçu pour être à la fois économique, résistante et avec un délai de construction court, le concept s’avère en fait être plutôt intéressant. Il fut d’abord destiné aux zones sinistrées après les catastrophes naturelles du type tremblement de terre, tsunami…

De par sa facilité de conception et le faible besoin en matériaux technique, on peut imaginer pouvoir reloger rapidement des personnes dont les habitations furent détruites. Pas bête non ?

Après de là à pouvoir construire une véritable maison pour 5 personnes, oui car Iago et Lucy ont trois enfants, c’est une autre histoire. Mais ils ont l’air bien motivé à mener à bien cette aventure et je compte bien leur donner un petit coup de main. Ce sera finalement à travers mon rêve que je les aiderai à réaliser le leur.

Nous ne sommes pas les seuls volontaires sur le chantier, environ quinze personnes jeunes et moins jeunes travaillent dur pour faire avancer la construction. Dès notre arrivée, nous sommes accueillis chaleureusement, et ce ne sera que les prémices d’une fantastique expérience humaine.

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Chiliens, Anglais, Français, Americains, un chantier pas comme les autres

Les bénévoles sont tous logés dans un immense chalet près du site, une bâtisse qui dès la journée terminée prend une allure d’auberge espagnole. Pendant que Lucy prépare un succulent et gargantuesque repas, Seth (Américain) joue de la gratte avec Filipe (Chilien), Marc et moi faisons une partie de fléchette, et Matt (Anglais) pose ses doigts sur le clavier, le soleil décline, la nuit se joint à la fête et le froid qui l’accompagne, mais alors la chaleur humaine nous couvre d’un épais duvet pour que nous n’ayons jamais froid.

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Les journées défilent à vive allure, le temps s’accélère et déjà le moment de quitter ce lieu unique approche. Je passe la majeure partie de mon temps avec Marc, on se marre bien tous les deux, et nous discutons longuement sur tout et rien, mais notre angoisse par rapport à la suite de notre voyage revient régulièrement sur la table. Marc rentre en France pour l’été et craint déjà le retour, aucun projet à venir, la peur du vide. Mais je ne le laisserai pas dans cette impasse, je décroche le téléphone et en quelques coups de fil, je lui trouve un boulot d’été dans ce petit coin de paradis de la vallée de la Cèze, tu ne le regretteras pas mon petit Marco, je te le promets ! (Je tiens d’ailleurs à remercier Fanny pour son coup de main)

Mais trêve d’émotion, il est temps de reprendre la route, vers le nord cette fois, direction Valparaiso, la ville bohème du Chili et son splendide centre historique.

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Je laisse derrière moi des gens admirables, un lieu magique, une ambiance fraternelle, et un ami. On aimerait parfois que le temps s’adapte au moment, qu’il ralentisse quand le bonheur se manifeste et vice versa, mais c’est le contraire qui se produit. On apprend alors à déguster la joie, aussi infime soit-elle, pour rendre précieux chaque instant.

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