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Isla del sol et dame liberté

Le lac Titicaca marquera ma dernière étape en Bolivie et je prends conscience que nous sommes fin mai 2014 et que mon voyage se terminera dans un mois. Un mois, trente jours, sept cent vingt heures, cela peut paraitre beaucoup lorsque la majorité des Français ne jouissent que de cinq semaines de vacances par an et que s’offrir un séjour au soleil semble être un privilège. Mais à ce moment-là, je sais seulement que c’est bientôt fini, alors que je devais faire le tour de la Terre, mon voyage se terminera au Pérou après neuf mois seulement. La nostalgie du pays qui me rongeait au Brésil laisse place à la mélancolie du voyage à l’idée que celui-ci s’arrête déjà. Une raison de plus pour profiter sans ménage des derniers jours de cette aventure.

Je vais tenter de décrire dans cet article le plus succinctement possible, l’incroyable lieu que j’ai découvert, posé là à la surface du lac navigable le plus haut au monde. Une île incroyable où le temps semble s’être arrêté, et où tout semble être un décor de cinéma, on y tournerait un film qui parlerait des hommes de l’Isla del sol.

Je pars de Copacabana sur un bateau à moteur, accompagné de mes amis et quelques touristes ou voyageurs, appelons les comme bon nous semble. Bercé par le bruit du moteur, et par la quiétude que dégage le paysage, je m’assoupis, et lorsque j’ouvris un œil, je pus apercevoir le petit port du nord de l’île. Je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre, mais un bon pressentiment m’occupe depuis deux jours.

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Sur le ponton, les rabatteurs attendent le touriste pour lui proposer le « meilleur » hébergement au meilleur prix. Cela me gêne toujours, je choisis en général d’échanger quelques mots avec le plus discret et de le suivre s’il me semble honnête. Nos baluchons posés, je fais un tour rapide du village, seul, sans appareil photo, juste pour m’imprégner des lieux et ressentir à mon tour ce qui était écrit dans les livres, cet endroit est paisible et magique. Il n’y pas un bruit, pas de véhicules à moteur (l’île n’étant pas équipée de route ni de l’eau courante), je retire mes chaussures bien usées et traîne les pieds dans le sable qui jonchent les ruelles étroites, étrangement je me sens à ma place.

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Un bout de terre minuscule, sans moteurs, sans supermarchés, ni internet et sans publicités. Le voyageur ne vient pas ici pour l’ambiance festive ou pour les activités sportives, mais bien pour voyager, voyager hors du temps. Je prends un infini plaisir à errer dans les rues, sur les chemins aux pavés défoncés, à discuter avec le premier passant en évitant les cochons qui détalent devant les enfants . Le soleil est brillant, le ciel si bleu et l’eau du lac si paisible, posé sur un rocher, je me surprends même à ne plus penser.

Je regarde les eaux du lac et imagine qu’en observant longuement, je pourrais voir les hommes en dessous comme l’on observe les poissons derrière la vitre de l’aquarium.

Nous ne resterons que quelques jours, le temps de découvrir les trésors historiques de l’île et de la traverser dans sa longueur (quelques heures suffisent). Le sud de l’île est bien plus fréquenté, mais peut-être à cause de la période, on se sent presque unique touriste ici.

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Ici, les hommes ont peu, la vie est rude, et pourtant j’aimerais croire qu’ils ont entre leurs mains un trésor disparu d’occident, un trésor que l’on nomme liberté. Car la liberté ce n’est pas de ne rien faire, mais de pouvoir décider de faire ou ne pas faire.

Aujourd’hui, je récite ce voyage, et mon passage sur ce bout de terre me semble n’être qu’un battement de cil sur la durée de mon existence, mais la mémoire ne garde que des partitions, des sentiments, des images, des parfums, des matières. Ce succinct souvenir deviendra alors colosse.

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