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De l’ Uruguay à l’ Argentine, adieu « Macumba »

Buenos Aires:

Une courte nuit de trajet vers la capitale Argentine et voilà mes deux petons posés sur le bitume Porteño (nom donné aux habitants de Buenos Aires). Première remarque, les mégalopoles ne m’avaient pas manqué, on court, se bousculent, ne se voit pas, c’est l’heure de pointe et après deux semaines à la campagne, je m’égare un petit peu dans la fourmilière. Heureusement Barbara la petite amie de Clément m’avait bien expliqué le trajet à suivre pour se rendre à leur humble demeure, et j’y parviens rapidement sans trop d’embuches. Ils vivent dans un des plus beaux quartiers de la ville, Palermo, et pour tout vous dire, ça sent bon la France ici.

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     Petits restaurants et bistrots aux décorations toutes plus originales les unes que les autres. Immeubles anciens, trottoirs pavés et balcons fleuris, un ensemble édifié avec goût, donnant au lieu une note de poésie.

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Buenos Aires est une ville cosmopolite, un charmant mélange entre Paris et Barcelone, surement la ville la plus Européenne d’ amérique latine. Il faut s’aventurer autour de la gare routière, pour constater que nous sommes quand même bien en Amérique du sud, les quartiers y sont beaucoup moins charmants. À l’image de toutes les capitales mondiales, le beau côtoie le moche, les riches côtoient les pauvres, et les parcs gazonnés côtoient les tours bétonnées. Mais malgré cela, certaines vous charment par leur atmosphère électrisante, leur histoire et la culture qui s’y concentre.

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Et cerise sur le gâteau, les femmes, oh ces dames, on me l’avait pourtant dit qu’ici les filles étaient jolies. On ne m’avait point menti, avis aux Argentins, je vous envie.

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     Mais trêve de poésie, car je ne suis pas là pour trouver la femme de ma vie, en tout cas ce n’est pas dans mes priorités. Installation rapide chez Clément, bisous, accolades, et j’en passe et le soir même, c’est parti pour goûter la vie nocturne de la ville. Nous nous rendons à un concert de percussion qui a lieu chaque semaine, l’endroit est immense, mais va se remplir en un claquement de doigts. Jeunes et moins jeunes, on boit de la bière et du Fernet (un breuvage italien à base de plante, populaire en Argentine, coupé avec du coca le plus souvent), le concert début et alors les pieds se mettent à bouger, pour se laisser entraîner par le son des percussions. L’ambiance est bonne, même très bonne, et du haut de mes quatre litres de bière, ce n’est pas moi qui vais déchanter.

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     Le week-end passe suivi de deux jours fériés, je visite la ville, seul ou avec mes amis français. Clément travaille beaucoup, je le vois donc peu, c’est dommage, mais je comprends. Le mercredi pointe son nez, je dois trouver un assureur capable de me vendre ce dont j’ai besoin, et ce sera en vain, encore une fois. On me demande d’être Argentin ou qu’un ami Argentin achète pour moi, ou que le chien du père d’un ami Argentins signe les documents, enfin bref, les méandres de la législation Argentine me fatiguent. Je finis par trouver une agence qui puisse enfin m’assurer, je me rends à l’adresse indiquée, et là, rien, pas un panneau, pas de nom sur la porte de l’immeuble… ça sent l’ embrouille. Finalement, je rentre à l’appartement, allez viens mon Clément, on va s’en boire une pour en terminer avec cette journée.

La tante de Clém’ arrive demain, je dois donc prendre la poudre d’escampette, retour à l’envoyeur et toujours sans assurance. Lors du chemin retour, je profite d’une escale dans la ville frontalière pour essayer de trouver un assureur, il est 16 h, tout est fermé, je crois que j’ai un peu de mal à me faire au rythme du pays, mais je vais vite apprendre, très vite…

Gunnar et Maria me récupèrent, je leur raconte ma semaine, et mes petites péripéties. Ils me demandent ce que je compte faire, et je me demande ce que je compte faire, nous nous demandons alors ce que je compte faire. Un petit tour sur internet, je pose la question à droite, à mon ami Johan qui voyage lui aussi en moto en Amérique du Sud et à gauche sur les forums, et la réponse est clair, je peux passer la frontière sans problème et sans assurance, je devrai seulement en acheter une, une fois en Argentine.

Cool ! Me voilà grandement rassuré. Une nuit de plus chez mes amis Uruguayens et demain je reprend la route avec « Macumba », elle m’avait manqué celle-là.

Une dernière accolade et me voilà parti à nouveau, la tête dans le casque et les fesses sur la belle, ça fait du bien de sentir à nouveau le sifflement de l’air et voir l’asphalte défiler sous les roues. J’aperçois le poste-frontière, ça va passer comme une lettre à la poste !

Présentation des papiers, petit sourire (ça passe toujours mieux), et regards inquiets face à moi. Que se passe-t-il, madame la policière ? (Et là, je pense à Brigitte, le duo musical) Pourquoi appelez-vous votre supérieur ? Je jure, je ne suis pas un narcotrafiquant. On m’annonce alors qu’il va falloir faire une fouille anale ! Correction : On me demande alors comment j’ai pu acheter la moto en tant que Français au Brésil, j’explique, et à leur tour il m’explique. « Vous ne pouvez pas passer en Argentine avec une moto brésilienne sans un document d’identité brésilien »

C’est la chute ! Un coup violent derrière la nuque, style technique de sport de combat japonais.

Par chance, Maria qui se rend en Argentine elle aussi passe par là, je lui explique la situation et elle essaye donc de démêler le sac de nœud. Mais finalement sans résultat, l’agent de douane d’une grande gentillesse nous explique qu’il est même prêt à me laisser passer, mais qu’il parierait cher que je me ferai retirer la moto rapidement une fois sur le territoire.

Mon regard cherche désespérément de quoi s’y accrocher, mais rien, après tant de temps passé à préparer cette aventure en moto, tant de doute, voilà que la route s’achève ici.

Je fais donc demi-tour, retour à la case départ, chez Gunnar et Maria. Heureusement, ils sont là et me maintiennent la tête haute, nous discutons à la recherche d’une solution. La conclusion est sans appel, je peux vendre la moto et oublier le duo « Tib et Macumba ». Mais je n’ai plus la force de revenir sur mes pas au Brésil et devoir à nouveau me démener pour trouver un acheteur et faire toute la paperasse, je prends une décision radicale, la moto restera là chez mes amis et Gunnar se propose de vendre la moto lors de son prochain voyage à Alegrete chez Amalia.

J’aurais quand même essayé, et aurais eu l’occasion de découvrir la réalité des contraintes sud-américaines. Toujours voir la lumière dit-on, le coté positif, je vous avouerai que là, j’ai un peu de mal.

Un dernier bon repas en Uruguay, une bonne nuit et je reprends place dans un véhicule de transport collectif frigorifique (oui, car ici on aime mettre la Clim’ à fond) pour Buenos Aires. Cette fois ce ne sera qu’une escale, je ne sais pas encore quelle sera la destination suivante, mais une chose est certaine, elle se fera sans « Macumba ».

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