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Cap-Vert, une belle découverte !

Arrivée magistrale au port de Mindelo !

Non j’déconne, c’est l’bordel, les pares bat (pare choc naval) ne sont pas en place, les amarres pas prêtes, le capitaine à l’ouest et les équipiers à l’est.

La marina accueille de nombreux voiliers frétillants, impatients de s’emporter au vent pour retrouver les cocotiers. À défaut de cocotier, des palmiers nous attendent à Mindelo et pas besoin d’alizé pour les rencontrer.

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Mindelo et sa Marina, deux lieux trés différents

Notre premier contact avec la ville est bon, Tib, Arnaud et moi sommes charmés par le pavé Mindelien tandis que Marc cherche désespérément le bar, ou, il y’a 5 ans, il allait boire des bières (Soif de découverte quand tu nous tiens).

La connivence n’est pas aux rendez-vous, l’ambiance non plus…

Le soir venu, c’est Caravella (Bar-Restaurant-Boite branché) suivi d’un bar musical local en bord de plage (très cool), l’occasion de payer le mojito concédé dans un pari (le pari qu’Arnaud débarquerait aux Canaries) à Marc et de rencontrer un couple de Français bateau-stoppeur fort sympathique.

Le garçon dont j’ai oublié le nom m’explique que son amie et lui ont réussi à monter sur l’ovni je ne sais plus combien (plus grand que celui de papOvni qui fait cuire le riz dans l’eau froide) d’un couple suisse très porté sur la sécurité (c’est bien, surtout en mer), coque en alu (censé résister aux collisions éventuelles avec les ofni (objet flottant non identifié), les baleines ou autres icebergs (peut-être pas), etc.).

Nous discutons encore longuement de choses et d’autres avec les amoureux pour finalement terminer notre soirée (sans eux) dans un club de « danse » Cap Verdien appelé « Gentlemen », ou nous nous délectons non sans peine d’un punch écœurant dont nous ne boirons que la première gorgée, nous assistons à la danse sensuelle mettant en scène un couple et leur superbe corps (couvert) à la peau d’ébène et philosophons au sujet de nos ressentit sur le bateau-stop.

Dés le lendemain, Thibaut, Arnaud et moi nous rendons à la plage, dont le nom commence par un F, la plus proche du centre, nous profitons de la douceur de l’eau, des échappements d’usines, des rejets divers des bateaux du port, du ciel bleu, des rires d’enfants, de la chance dont nous jouissons d’être jeune et en bonne santé.

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Notre piscine quotidienne

En fin de journée, Arnaud veut assister à la messe locale, nous l’accompagnons avec Thibaut qui ne tiendra pas longtemps sur le banc en bois de l’église de la place de la mairie.

À la fin de la messe, le curé Mindelloïte nous bénit tous autant que nous sommes et nous sortons de là heureux, rassuré par la parole du Christ.

Le soir, nous nous dirigeons vers un club appelé « Experience » sur les recommandations d’Umberto chez qui nous avions siroté quelques bières dans son bar le « Lisboa ».

Arnaud est en forme tout au long de cette soirée, il nous fait mourir de rire Thibaut et moi.

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La camera est un moyen infaillible de partager avec les enfants

Les gens ici ne semblent pas crever la faim, mais il n’en demeure pas moins que le pays est pauvre, voire très pauvre, beaucoup de gens font la manche, vous sollicite sans arrêt, par certains aspects je retrouve un peu de Belleville à Mindelo, les vendeurs de rues, les gens qui font la manche, les marchés qui grouillent et brouillent, les gens qui peine autant qu’il tienne au milieu de la poussière et la perdition de certaine âme en peine qui errent déstructurées par la drogue, tentant en vain de revenir vers le monde, dans leurs bruits et leurs grimaces aussi effrayantes que désespérés.

Assis sur notre trône, nous imaginons que l’égalité des hommes face à leur destin n’est pas pour demain.

Merde, plus de papier, le concret du factuel rattrape bien souvent l’abstrait des pensées. Tout à coup, une main surgit sous la porte des « banheiros », cette main salvatrice tient en son creux un rouleau de papier blanc d’une pureté de circonstance, le hasard fait encore une fois bien les choses.

Concernant la clarté, nous devons en arroser nos arrangements avec Marc.

Car si je récapitule nous avons payé 100 € pour le matériel de pêche et la trousse à pharmacie, plus ou moins pareil pour la batterie, de même pour l’alcool (majoritairement bu par le capitaine), Tib et moi avons travaillé l’équivalent d’une semaine sur le bateau de Marc (absent la plupart du temps), nous ne demandions aucune rétribution financière, mais nous nous attendions à plus de modération (pas exonérations) de sa part concernant les dépenses relatives aux bateaux (Frais de port, gasoil, denrée alimentaire) au lieu de ça nous payèrent tout comme si nous n’avions rien fait sur le bateau, plus les dépenses énumérées plus haut.

À Santander déjà, des questions d’argent autour de conflits de responsabilité concernant la casse dont nous furent victime dans le golfe de Gascogne étaient survenues. Marc semblait sous-entendre que j’étais responsable d’une grande partie de la casse or en tant que Capitaine et propriétaire du bateau, il était le seul et unique responsable. De mauvaises décisions en mauvaises décisions il avait conduit son bateau à sa détérioration, ajouté à ça son manque de sérieux dans la préparation du voyage, il ne pouvait pas se permettre de remettre la faute sur qui que ce soit d’autre que lui-même.

Nous avons fait notre maximum, avec nos capacités (qu’il a mal-évalué), à aucun moment nous n’avons fait preuve de négligence à l’égard de son bateau. En partant de ce postulat, je ne pouvais plus tolérer ses gémissements constants concernant l’argent qu’il avait dû débourser pour son bateau et sa complainte quotidienne au sujet des frais de port que nous devions régler.

L’arrivée de Paul et Étienne, les nouveaux équipiers de Marc, précipite notre départ de Fleur de Lotus, le soir nous décidons d’aller boire un verre tous ensemble histoire de nous dire au revoir à la « Bodegita » un bar-restaurant tenu par Bruno, un Guadeloupéen très cool dont le Colombo de poulet ravira bientôt les papilles de Marc et le mojito celle de Thibaut.

Nous faisons la connaissance sur place d’Anthony, un normand, moniteur de char à voile, amoureux du Cap-Vert qui passe depuis 4 ans ses hivers ici. Il connait bien Mindelo et nous indique l’endroit le moins cher ou passer nos futures nuits,  la pension « Chave d’Ouro » qui nous ouvre ses portes pour 1100 escudos par personne et par nuit.

Il nous recommande la visite de l’île de Santo Antao, une des 10 îles de l’archipel du Cap-Vert, plus sauvage et verte que Sao Vicente ou nous séjournons maintenant depuis une semaine.

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La pêche est une source de revenu importante au Cap Vert

Un soir après avoir été courir, je me rends aux « Flutuante bar », le bar de la marina de Mindelo, derrière moi sont assis Dorothée et Julien, des bateaux stoppeurs ultras déterminés à la recherche d’un engin à toile pour rejoindre le Brésil.

Arrivés depuis 2 semaines, ils parcourent chaque jour le ponton avec des t-shirts « Barco-Stop », se poste à l’entrée de la marina avec un grand carton « Barco-stop » toujours, connaissent la totalité des propriétaires de coque matée et leur destination. Ils nous indiquent d’ailleurs les bateaux susceptibles de pouvoir nous faire embarquer et nous expliquent qu’ils n’ont pas eu de pistes pour le Brésil depuis leur arrivée.

En revanche, de nombreuses machines flottantes se rendent aux Antilles, d’ailleurs Arnaud (notre ancien coéquipier) ne tardera pas à trouver une embarcation pour la transat.

Toujours accoudé au comptoir face au vide de ma tasse je décide alors d’aller m’installer près de Julien et Dorothée qui discute avec un skipper Hollandais, furieux de la voile, déterminé à franchir les îles Kerguelen, un passage, qui, selon les marins, est aussi redoutable et prestigieux que le Cap-Horn. Le nom de ce capitaine m’a échappé, mais pas celui de son bateau, qu’il a humblement nommé 13 beauforts, rapport au plus haut barreau de l’échelle des vents, correspondant aux cyclones.

Ce charmant monsieur, amoureux du gros temps, voire de la tempête, semble aimer se retrouver dans des conditions difficiles à devoir lutter (survivre) face à une nature toujours plus forte.

Nous discutons un certain temps encore avant d’être rejoints, par Tib avec qui nous décidons d’aller manger, nous proposons à Dorothée, Julien et Captain Horn de se joindre à nous, le jeune couple nous propose alors de nous rejoindre au « Boaventura » ou leur ami Joachim les attend pour manger.

Il est assis là face à sa bière, le cheveu hirsute et le visage rieur, nous le saluons et nous installons près de lui en lui expliquant que Dorothée et Julien vont arriver.

Nous faisons la connaissance de ce personnage jovial, parti de Bretagne en septembre, il travailla dans des fermes en Andalousie par le biais du site Helpix puis rallia les Canaries en avion de Valence avant d’embarquer sur le même bateau que Dorothée et Julien en direction du Cap-Vert.

Il programme maintenant de rejoindre la Guyane Française pour y travailler en tant que professeur de mathématique, lui aussi nous parle de l’île de Sao Antao, qu’il a trouvé magnifique et nous raconte ses nuits passées en plein air dans les montagnes de Tenerife aux Canaries ou il s’était construit un mur de pierre sèche pour s’abriter du vent et un petit coin toilette sèche à l’écart de son mur.

Sacré Joachim !

Tib et moi passons la soirée en compagnie des 3 amis, pendant la nuit alors que Jo et moi rentrons à l’auberge, 2 jeunes prostitués nous prennent en « chasse », l’une d’elle essaye de faire les poches de Joachim, il l’en empêche, une engueulade s’en suit. La fille, furieuse, attrape une grosse pierre et tente de frapper Jo avec, par chance sa copine l’entrave et la furie manque de peu d’écraser la tête de Joachim, je m’empresse alors de bloquer la tigresse et l’emmène à l’écart.

Nous reprenons alors notre chemin en direction de l’auberge tandis que les 2 jeunes femmes continuent à nous suivre.

Arrivé au residential, j’invite Jo à dormir dans notre chambre, je lui propose une place sur mon matelas mais au petit matin je m’aperçois qu’il s’est mis au sol.

Sacré Joachim !

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Sacré Joachim !

Nous passons la journée tous les 3 le lendemain, au détour d’une rue nous croisons Étienne, un des nouveaux équipiers de Marc, un Breton Anar sans piercing ni tatouage d’une quarantaine d’années, très sympa et plutôt pas maladroit en voile. Il nous explique que Paul (l’autre nouvel équipier de Fleur de Lotus, arrivé de Paris la veille) n’embarquera pas avec eux n’adhérant pas au côté je-m’en-foutiste du Captain et nous préviens quant à la volonté de Marc de nous trouver pour récupérer l’argent des frais de port relatif à nos 3 nuits passées à bord.

C’est au café « cocktail » que l’énergumène pointe le bout de sa moustache, alors que nous sommes en train de boire un café, il surgit telle Pantin hors de sa boite au sommet des escaliers du troquet, il nous voit, nous le voyons. Il va bien et commande une bière, allume une cigarette, puis nous explique qu’il ne comprend pas pourquoi la capitainerie lui a signalé un impayé sur les 3 premiers jours de flottement au port, persuadé que nous avons payé, il nous demande alors si c’est bien le cas.

À quoi nous lui répondons que non et qu’il sera hors de question pour nous de le faire.

Le ton cordial n’est plu, il nous menace comme un adolescent en colère, de pourrir notre réputation auprès des autres plaisanciers de la marina. Nous ne lui répondons pas et l’observons bientôt disparaître dans les marches du café.

Ciao Marc.

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